Article 1 - Le modèle de « Bonne Gouvernance » expliqué au dictateur et imposteur Ali Bongo

En accédant au pouvoir par un coup d’État électoral en août 2009 avec assassinat de plus d’une cinquantaine de personnes à Port-Gentil, Ali Bongo a confondu vitesse et précipitation pour réaliser sa vision de faire du Gabon un pays émergent.

Ce projet de « Gabon émergent » a consisté à mettre en œuvre une stratégie s’appuyant sur la valorisation du capital humain et naturel du Gabon. Pour ce faire, il a fait reposer son projet de société sur trois piliers de croissance baptisés « Gabon industriel », « Gabon vert » et « Gabon des services ».

À ce propos, il avait dit : « Depuis mon arrivée au pouvoir en 2009, j’ai établi un programme ambitieux de réformes économiques en vue d’une prospérité future. Il ne nous est désormais plus possible de dépendre uniquement de nos ressources pétrolières et gazières pour dynamiser la croissance économique. Nous devons nous diversifier sur un mode durable. Tel est l’objectif du programme « Gabon Emergent », qui guidera notre développement.

Toutefois, ce que l’usurpateur en chef a oublié, c’est qu’un projet de société, aussi ambitieux qu’il puisse être, ne peut déboucher sur des résultats positifs concrets s’il n’y a pas adhésion massive et forte du peuple.

En vomissant et honnissant A. Bongo à l’élection présidentiel d’août 2009, le plus grand nombre de gabonais a par ailleurs rejeté son projet de société qu’il s’évertue à vouloir durablement lui imposer par ses dérives monarchiques.

Ainsi, depuis son accession à la magistrature suprême par un coup d’État constitutionnel avec la complicité de sa belle-mère, Dame M. Mborantso, A. Bongo a dissout l’Union Nationale (UN), organisé des procès politiques contre les leaders de l’opposition et de la société civile, réprimé dans le sang toute manifestation sociopolitique, procédé à des arrestations et humiliations de dignes citoyens, détourné des deniers publics pour l’acquisition illicite d’actifs monétaires, financiers et réels (achat d’un hôtel particulier à Paris de 65 milliards francs Cfa payés par le Trésor public gabonais mais non inscrit au budget de l’État ou encore achat d’un parc automobile de 29 voitures de luxe pour la somme de 10 milliards francs Cfa payés avec l’argent des Gabonais mais non inscrite au budget de l’État) à l’étranger et autres dépenses futiles dans des lupanars volants. Il a par ailleurs procédé à la création de multiples agences (Agence Nationale des Parcs nationaux, Agence de l’Informatique, Agence gabonaise d’études et d’observation spatiales, Agence des Grands travaux) directement rattachées à la Présidence la République et dont la gestion est confiée à ses sujets ou obligés étrangers. Ces agences sont en réalité, pour maints leaders d’opinion, un gouvernement parallèle placé à la Présidence de la République qui échappe totalement au contrôle du Parlement et entraîne, dans la pratique, des conflits d’attribution.

Or, le peuple gabonais ne peut être partie prenante au projet de société d’A. Bongo s’il n’axe véritablement sa gestion du Gabon sur la « Bonne gouvernance » en lieu et place de la « malveillante gouvernance » actuelle instituée par Bongo père depuis 1969 (tel père, tel fils). En cela consiste l’essentiel du message de F. Hollande à l’imposteur et émergent en chef lorsque le communiqué de l’Élysée, relativement à la visite forcée d’A. Bongo 9% en France, mentionne que « cet entretien a également été l’occasion pour le Président de la République, de souligner les principes qu'il souhaite voir guider les relations entre la France et le Gabon : dialogue exigeant sur les questions de gouvernance, de lutte contre la corruption et de pluralisme démocratique, accompagnement de la croissance du Gabon par les outils de la coopération française ; concertation sur les enjeux de paix et de sécurité de la région et du continent ; développement de la francophonie ».

Dans ce cadre, il importe de souligner que la notion de "Gouvernance" émerge au début des années 1990 où des livres émanant du monde anglo-américain installèrent, dans le champ des débats intellectuels et universitaires, l’idée de "Gouvernance moderne" ou de "Gouvernance démocratique". Elle va s’inscrire dans la quête permanente d’un meilleur système de gestion des hommes et des ressources. Nouvelle pierre angulaire de l’universalisation de l’esprit démocratique et de l’amélioration de l’efficacité de production et de gestion, elle va se définir comme l’exercice de l’autorité politique, économique et administrative pour une gestion efficace à tous les niveaux des affaires du pays. Elle va recouvrir les mécanismes, les processus et institutions au travers desquels les individus et les groupes vont se reconnaître et articuler leurs intérêts, médiatiser leurs différences et exercer leurs droits et obligations légales.

Pour la « Gouvernance », la décision, au lieu d’être la propriété et le pouvoir de quelqu’un (individu ou groupe comme le pensent les imposteurs au pouvoir au Gabon), doit plutôt résulter d’une négociation permanente entre les acteurs sociaux constitués en partenaires d’un vaste jeu, le terrain de jeu pouvant être une entreprise, un État, une organisation, un problème à résoudre. C’est un processus d’organisation et d’administration des sociétés humaines dans le respect et l’épanouissement des diversités. Selon la Banque mondiale : « la Gouvernance est la façon dont le pouvoir est exercé lors de la gestion pour le développement des ressources économiques et sociales ».

La « Bonne gouvernance » va avoir deux dimensions distinctes mais étroitement liées. L’une est politique et a trait à l’engagement dans la démocratie, le pluralisme politique. L’autre est technique et a trait aux problèmes d’efficience et de management public. Elle est bonne lorsqu’elle va allier les principes de la gouvernance démocratique avec ceux de bonne gestion technocratique des ressources économiques, financières et naturelles.

Ses points d’entrée consistent en la réforme de l’État (déconcentration et décentralisation), la lutte implacable contre la corruption, l’émergence d’une démocratie libérale, participative et multipartite, le renforcement de l’État de droit (respect des droits de l’homme, indépendance de la justice, liberté d’expression…).

Dès lors, seul dans ce contexte, l’émergent en chef et ses thuriféraires sont en mesure d’instaurer un État idéal, catalyseur des transformations du secteur privé et de la société civile, promoteur de la création des richesses et défenseur de la justice sociale et de l’intérêt général. Seul dans ce cadre, en insistant sur la nécessité de libéraliser la vie politique et économique, ils peuvent, s’ils le désirent vraiment, diversifier et dynamiser l’économie gabonaise. Seul dans ce contexte, l’émergence au pouvoir, efficace, non autocratique ni corrompu ou kleptocrate serait capable d’offrir des services de qualité, de gérer les problèmes vrais de la nation (emploi, bien-être, état de droit, démocratie libérale et participative, justice sociale, partage des pouvoirs, harmonie sociale entre les différentes ethnies, intégration du pays à l’économie régionale ou mondiale…). Seul dans ce cadre, la logique de rente et de l’État patrimonial qui conduit à l’enrichissement illicite des "Big men et women", adeptes des crimes rituels et détournements des deniers de l’État, serait progressivement annihilée. De même, les crises d’identité, de légitimité, de pénétration, de participation, de distribution et les conflits ethniques latents seraient progressivement éliminés. 

Somme toute, la hiérarchisation des réformes (démocratie libérale, participative et multipartite, émergence d’une véritable société civile, renforcement de l’État de droit, lutte contre la corruption, décentralisation et déconcentration…) à entreprendre par A. Bongo 9% repose sur l’idée que seul un gouvernement ayant ces caractéristiques est en mesure de diriger le Gabon suivant une vision consensuelle.   

        Dr Jacques Janvier Rop's Okoué Edou,

        Économiste et Politologue